TGC, inflation ou diminution des prix ? Le point après 60 jours de mise en oeuvre

TGC, inflation ou diminution des prix ? Le point après 60 jours de mise en oeuvre

11 décembre 2018


Le 1er octobre dernier, après de nombreux rebondissements, la TGC est devenue une réalité dans les magasins, les entreprises et sur nos factures et tickets de caisse. Annoncé par le gouvernement comme une mesure phare destinée à faire baisser les prix, qu’en est-il vraiment quelques mois plus tard ?

Pour rappel, la TGC, taxe générale sur la consommation, faisait partie des mesures de l’Agenda partagé, signé en août 2014 par les syndicats, le patronat et les groupes politiques du Congrès. La loi du pays permettant son adoption a été adoptée le 1er septembre 2016. D’abord fixée au 1er juillet 2018, l’entrée en vigueur de la TGC à taux pleins a été reportée au 1er octobre, malgré les nombreuses oppositions et les rapports unanimes, comme celui de l’Autorité de la concurrence, démontrant que son instauration entrainera, contrairement à son objectif, une hausse des prix.

Entre inquiétude et colère

Du côté du consommateur, la pilule a du mal à passer car, hormis les produits de 1ère nécessité où la baisse est plus due à un encadrement des marges qu’au passage à un taux à 3%, tout le reste augmente et beaucoup d’entreprises ne jouent pas le jeu. Certaines vont même jusqu’à annoncer des suppressions de postes. « C’est une politique sociale qu’on ne va pas pouvoir continuer, des jobs d’été ou des CDD qu’on ne va pas pouvoir renouveler », expliquait Jean-Marc Espalieu, du groupe Korail, dans Les Nouvelles Calédoniennes. « Le comportement des consommateurs fera beaucoup, mais il va y avoir des baisses d’effectifs », pointait-on au Syndicat des importateurs. Ces premiers temps d’application ont été placés sous le signe des « erreurs » en tout genre chez les commerçants, des coups de gueule de consommateurs sur des hausses de prix ou, au contraire, d’entreprises sur les baisses imposées par le gouvernement.

La TGC, contrairement à ce que le gouvernement avait assuré, est bien inflationniste. Force est de constater que depuis son entrée en vigueur les prix n’ont de cesse d’augmenter.  Il n’y a qu’à regarder l’inflation 2017/2018 qui n’est que la conséquence de l’entrée en vigueur de cette TGC et non pas le résultat de l’augmentation du pouvoir d’achat des salariés puisque depuis 2 ans les salaires sont bloqués.

+ 0,4% en octobre : les prix à la consommation augmentent

L’Isee vient de sortir son indice des prix à la consommation et il est sans appel : les prix ont augmenté.

« Le mois d’octobre fait suite à une période de soldes et de destockage et  intègre dans le même temps la mise en application des taux pleins de la TGC. Cette nouvelle taxe conduit à des évolutions de prix contrastées », indique l’Isee dans son rapport.

Ainsi, au mois d’octobre 2018, les prix des produits alimentaires, hors boisson, diminuent de 1,6% par rapport au mois de septembre. A cette baisse s’ajoute celle des prix des pièces détachées automobiles, qui diminuent de 5,4%, et d’autres produits tels que les services de restauration ou les produits de drogueries et d’hygiène.

En dépit de ces diminutions, le tabac, les boissons sucrées et alcoolisées et les carburants tirent les prix vers le haut. De ce fait, on octobre, les prix à la consommation, hors tabac, augmentent de 0,4%  sur un mois, et de 0,9% pour l’indice général.

Le prix moyen du panier a augmenté de + 1,1% entre septembre 2017 et septembre 2018

L'association de consommateurs UFC Que Choisir de Nouvelle-Calédonie a réalisé en septembre 2018 une enquête sur les prix de son panier calédonien dans 8 magasins. Les enquêteurs ont relevé, juste avant le passage de la TGC à taux pleins, les prix d’une liste de 108 produits d’alimentation et alcool, d’entretien, de beauté, d’hygiène et pour animaux. Les changements de références et les absences de produits en rayons n’ont permis que de trouver 62 produits en commun dans les 8 magasins.

Sur les 62 produits sélectionnés, 24 sont en promotion dans au moins un des magasins. Dans ces 24 promotions, 11 seulement sont au prix le plus bas de tous les magasins. Autrement dit, une « promotion » ne vous assure pas que vous avez trouvé le meilleur prix !

« Nous invitons le consommateur à se rendre sur le site de l’Observatoire des prix de la Nouvelle-Calédonie www.observatoiredesprix.nc pour comparer les prix de ses produits préférés et ainsi mieux choisir où acheter », indique UFC Que Choisir.

Comparatif septembre 2017 / septembre 2018 sur un panier de 57 produits identiques dans 7 magasins : le prix moyen du panier a augmenté de + 1,1% entre septembre 2017 et septembre 2018.

Prix moyen du panier septembre 2017 en CFP    24 410

Prix moyen du panier septembre 2018 en CFP   24 671

Ecart en montant CFP    261

Evolution en %    + 1,1 %

Individuellement, les différents magasins suivent des variations des prix du panier notablement différentes :

• un magasin en baisse : Carrefour Kenu In de 3,7%,

• 6 magasins en hausse avec un mauvais point pour Super U Mageco qui est en augmentation de 5%.

Pour la politique des prix, c’est toujours la valse des étiquettes : sur 399 produits (57 produits dans 7 magasins), 226 ont un prix en baisse et 111 sont en augmentation de plus de + 5 %. Difficile pour le consommateur de s’y retrouver.

« Un conseil : repérez vos produits habituels, ne les achetez pas quand le prix augmente : changez de magasin ! Appuyez-vous sur l’observatoire des prix pour repérer les magasins offrant un meilleur prix. Il n’y a que la concurrence qui force les enseignes à la baisse : en métropole, notre association ne mesure des prix plus bas que lorsque deux enseignes sont proches et se font concurrence », indique UFC Que Choisir.

 

Vigilance sur le taux de TGC appliqué

Aujourd’hui, pour le consommateur, il est parfois difficile, voire impossible, de vérifier le taux de TGC qui s’applique à chacun de ses achats. Le taux de TGC doit être indiqué pour chaque article, par exemple avec un code sur la ligne correspondant à l’article, le code renvoyant en bas du ticket vers le taux appliqué. Seule possibilité de vérification quand le taux de l’article n’est pas précisé : acheter les produits séparément…

De trop nombreuses erreurs, ou pas ( !) sont à déplorées. Lorsque le taux est trop élevé, c’est au détriment du consommateur.

Si un produit est facturé au consommateur à un taux de TGC trop élevé, le consommateur peut demander au commerçant le remboursement du trop-perçu. Si une demande orale ne suffit pas, le consommateur peut déposer un courrier au magasin (démarche à suivre en bas de page). Que la démarche soit ou non un succès, le consommateur est invité à demander au commerçant de baisser le prix du produit et à faire un signalement au 056789 (date, lieu, produit, taux ; conserver le ticket de caisse !). Nous recueillons également ces informations pour appuyer le signalement.

Ce qu’il faut retenir :

Les taux de TGC s’appliquant aux produits alimentaires sont à rechercher sur le site tgc.nc :

- l’alimentaire est en très grande majorité à 0% ou à 3% ;

- les boissons alcoolisées, les boissons sucrées et édulcorées, les glaces, biscuits, confiseries et pâtisseries ainsi que le caviar, le foie gras et les escargots sont à 22%. Les aliments pour animaux sont aussi à 22%.

Les taux pourraient utilement apparaître sur le site de l’observatoire des prix, à côté de chaque produit. Il y est déjà indiqué le « prix de référence TTC avant TGC », à savoir le prix de vente au détail pratiqué au 30 avril 2018.

Démarche à suivre pour une demande auprès d’un commerçant

- rédiger un courrier indiquant vos nom, prénom, adresse, téléphone, la date, le destinataire, votre demande précise (« le date, j’ai acheté chez vous le produit descriptif qui m’a été facturé au taux de TGC de indiquer le taux %. Ce produit étant au taux de indiquer le taux %, je vous prie de bien vouloir procéder au remboursement du trop-perçu. »)

- indiquer « Copie à UFC Que Choisir de Nouvelle-Calédonie » en bas du courrier après votre signature

- faire une copie de ce courrier (deux exemplaires donc)

- apporter un exemplaire au commerçant, faire tamponner, dater et signer par le commerçant le deuxième exemplaire et le récupérer (c’est la preuve du dépôt de la demande)

- Adresser une copie de ce deuxième exemplaire à UFC Que Choisir de Nouvelle-Calédonie