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ILLETTRISME la situation est préoccupante, il faut agir !

14 avril 2018


Les chiffres sont sans appel : en Nouvelle-Calédonie, en 2013*, un adulte sur quatre âgé de 16 à 65 ans, éprouve des difficultés dans les domaines fondamentaux de l’écrit. Ces difficultés sont graves ou fortes pour 18 % de la population. L’illettrisme frappe ainsi 29 000 personnes en Nouvelle-Calédonie. Un constat sévère pour le Caillou alors que toutes les enquêtes montrent que la maîtrise des compétences de base va de pair avec l’insertion sociale et économique.

Un constat qui doit alerter

Ecrire une liste de courses, comprendre un bulletin d’alerte cyclonique, comparer des prix, autant d’actions de la vie courante qui font appel à des compétences à l’écrit, à l’oral et en calcul. L’enquête Information et Vie Quotidienne, conduite en 2013 sur l’ensemble de la Nouvelle-Calédonie, permet précisément d’évaluer le degré de maîtrise qu’ont les adultes de ces domaines fondamentaux à partir d’exercices rappelant la vie quotidienne. Et c’est un constat sévère que dresse l’ISEE.
Un quart des Calédoniens âgés de 16 à 65 ans éprouve des difficultés face à l’écrit en français, c’est-à-dire en lecture de mots, en production écrite ou dans la compréhension d’un texte simple. Pour 18 % de la population, ces difficultés peuvent être qualifiées de préoccupantes. Parmi les personnes présentant de telles carences, une très faible part se trouve même incapable de passer les exercices à cause d’une maîtrise insuffisante de la lecture ou plus généralement du français. D’autres n’ont su répondre correctement qu’à moins de 40 % des questions et présentent donc de graves difficultés dans au moins l’un des domaines fondamentaux de l’écrit. Ils regroupent 10 % de la population des adultes. Enfin, 7 % des “16-65 ans” ont obtenu entre 40 % et 60 % de réussite aux tests et éprouvent ainsi de fortes difficultés face à l’écrit en français.
En matière de numératie (règle de 3, résolution d’un problème simple…), les performances des Calédoniens sont globalement faibles. Près de 40 % des adultes, soit environ 67 000 personnes, ont obtenu des résultats médiocres aux tests, avec moins de 60 % de réussite.En outre, contrairement aux autres compétences fondamentales, les jeunes générations ne sont pas meilleures que leurs aînés en calcul. Ce phénomène, également observé en métropole, est probablement en partie lié à la généralisation de supports technologiques (calculettes, ordinateurs, téléphones cellulaires…) qui contribuent au désintérêt des plus jeunes à maîtriser les règles élémentaires du calcul. En tout état de cause, l’ampleur des difficultés en calcul pose la question de la place des mathématiques dans l’enseignement scolaire. À l’inverse, la compréhension orale (par exemple l’analyse d’un bulletin météorologique) se révèle un point fort des Calédoniens. Seulement 15 % des adultes sont confrontés à de sérieuses difficultés dans ce domaine. Ces performances sont voisines de celles de la métropole et meilleures que celles des départements d’outremer. Il est vrai que la parole est un ciment de la société calédonienne. Ses multiples langues kanak et celles issues de l’immigration font de la Nouvelle-Calédonie une terre d’oralité. Souvent, les personnes en difficulté cumulent les handicaps entre l’écrit, le calcul et la compréhension orale. Ainsi, les trois quarts des adultes qui ne maîtrisent pas les connaissances de base en écrit et en compréhension orale ne réussissent pas davantage en calcul. Au total, on estime à environ 13 000 le nombre d’individus ayant obtenu des résultats médiocres dans les trois domaines fondamentaux.



La qualification d’illettrisme correspond à une définition précise :



… la « situation de personnes de plus de 16 ans qui, bien qu’ayant été scolarisées, ne parviennent pas à lire et comprendre un texte portant sur des situations de leur vie quotidienne, et/ou ne parviennent pas à écrire pour transmettre des informations simples…

…. Pour certaines personnes, ces difficultés en lecture et écriture peuvent se combiner, à des degrés divers, avec une insuffisante maîtrise d’autres compétences de base comme la communication orale, le raisonnement logique,
la compréhension et l’utilisation des nombres et des opérations, la prise de repères dans l’espace et dans le temps, etc. ».

Un impératif économique & social

Enjeu d’égalité et de cohésion sociale, la maîtrise des compétences de base est aussi un enjeu économique national. Les situations d’illettrisme induisent des risques importants de précarité et d’enfermement socioprofessionnel, et peuvent brider la mobilité professionnelle et sociale des individus. En plus d’accroître l’accès au marché du travail, la maîtrise de ces compétences favorise également l’autonomie, l’émancipation intellectuelle, la santé et l’engagement citoyen. De plus à l’heure du numérique, elle est un levier crucial de développement économique. À l’horizon de dix ans, la Nouvelle-Calédonie sera plus et mieux formée du fait de la substitution de générations nouvelles aux cohortes antérieures et de l’allongement de la scolarisation. Les générations les moins formées sortent progressivement du marché du travail. Pour autant, cette tendance positive dissimule des réalités plus complexes.

Le flux de « décrocheurs scolaires » reste élevé et ceux qui ont arrêté leurs études au niveau secondaire sont un peu plus exposés : 16 % d’entre eux sont en situation préoccupante face à l’écrit. Les inégalités face à la formation se cumulent dans le temps : les moins qualifiés, qui sont les plus exposés au chômage, sont ceux qui accèdent le moins aux dispositifs de formation, quels qu’ils soient. Enfin, même si l’accès des adultes à la formation continue s’est accru, il ne permet pas de compenser certaines insuffisances de la formation initiale et l’érosion des compétences. Derrière la montée en qualification moyenne se cache ainsi un « noyau dur » d’individus en grandes difficultés (jeunes sans qualification et adultes en situation d’illettrisme), toujours alimenté par des flux sortants relativement constants depuis une dizaine d’années de jeunes sans diplôme ou en grandes difficultés.

AGIR SUR LE NOYAU DUR : diviser par 2 la proportion d’adultes en situation d’ILLETTRISME d’ici 2025

En Métropole, France Stratégie fixe aux autorités à travers sa Note d’analyse un objectif ambitieux de réduction de la part des adultes en situation d’illettrisme : diviser par deux cette proportion d’ici à dix ans. Cela passe par l’affirmation d’un droit pour chaque individu à un socle minimum de compétences de base, par un ensemble d’actions de prévention et d’accompagnement et des dotations spécifiques aux situations d’illettrisme et un recalibrage des financements. Dans le cadre des politiques actuelles d’individualisation des droits à la formation, notamment à travers le compte personnel de formation (CPF), et bientôt le compte personnel d’activité (CPA), des dotations spécifiques pour les personnes en situation d’illettrisme seraient mises en place afin d’assurer un socle minimum de compétences de base pour tous. Ce droit viserait un objectif de réduction drastique sur dix ans du nombre de personnes en situation d’illettrisme en octroyant une dotation en heures de formations, spécifiquement adaptées à l’acquisition des compétences génériques. Un recalibrage des financements actuellement fléchés sur la lutte contre l’illettrisme est nécessaire pour remplir cet objectif.



A QUAND une telle politique en Nouvelle-Calédonie ?

Avec ce droit, des actions concrètes



La lutte contre l’illettrisme requiert une mobilisation de tous les acteurs institutionnels et professionnels. C’est probablement là que réside la principale difficulté car il faudra bien identifier les personnes en situation d’illettrisme, parfois stigmatisées et souvent éloignées des dispositifs d’action publique, notamment pour cacher leurs difficultés. Cadres, salariés, enseignants, établissements scolaires, agence pour l’emploi, sections syndicales, associations, etc., tous ont un rôle à jouer.

Pourtant il n’est pas simple d’introduire cette question dans l’entreprise car beaucoup de personnes en situation d’illettrisme, peu ou pas diplômées, ont trouvé des stratégies de contournement. Quel est l’intérêt pour elles de se dévoiler ? C’est une situation qui complique beaucoup leur vie. Mais quel intérêt à partager ce déficit d’apprentissage si les techniques de camouflage fonctionnent ? La crainte de perdre son travail est réelle.
Et de plus, elles ont souvent connu l’échec scolaire : retourner en formation revient pour elles à se remettre en situation potentielle d’échec. Il est donc particulièrement important d’aborder la question de l’illettrisme au sein de l’entreprise non comme un retour à l’école mais dans le cadre plus global de la politique de gestion des ressources humaines et de formation continue.

Une bonne approche est de trouver un support professionnel qui va servir d’appui aux actions visant la maîtrise des savoirs de base. L’entreprise peut s’appuyer sur les occasions où elle doit améliorer les compétences de base de ses salariés lors d’une transmission, d’une réorganisation, d’une modernisation, de la mise en place de démarches qualité ou sécurité… Il s’agit de se servir de l’activité professionnelle comme levier pour l’acquisition du socle des compétences. Pour cela, il s’agit d’identifier les salariés que ce changement va impacter et de construire pour eux un parcours de formation. C’est à travers lui que les personnes en situation d’illettrisme seront touchées.

Dans ce cas, l’entreprise peut identifier les besoins par un travail de repérage en prenant soin de ne pas stigmatiser, tout en affirmant son engagement et en informant. Le plan de formation est aussi un bon vecteur car il permet de définir les besoins de formation en rapport avec les stratégies de l’entreprise, sans référence explicite aux situations d’illettrisme. De plus il fait l’objet d’une concertation avec les représentants du personnel qui peuvent faire l’interface avec les salariés et faciliter l’accès à la formation.

Le rôle des CE

Ils sont des acteurs essentiels parce que plus de 50 % de cette population se trouve dans l’entreprise. Le CE a tout d’abord la capacité d’interroger l’employeur sur le sujet et de peser dans la négociation du plan de formation. Les élus ont également un rôle d’information en direction des salariés. Ils peuvent contribuer à lever le tabou, à dédramatiser les choses et à aider les personnes concernées à faire le premier pas pour se
remettre à niveau. Car mobiliser est une chose, amener les personnes concernées à se saisir des aides proposées et à enclencher un apprentissage en est une autre. Il y a un travail important à effectuer à ce niveau auprès des militants dans les entreprises. De plus le CE a la possibilité d’agir contre l’illettrisme à travers ses activités sociales et culturelles.

*pas de chiffres plus récents disponibles

Ainsi, une action indispensable !

29 000 adultes illettrés en Nouvelle-Calédonie

Parmi les résidents en Nouvelle-Calédonie qui présentent des difficultés graves ou fortes face à l’écrit, la grande majorité a été scolarisée dans le système français (Métropole et outre-mer) et peut donc être considérée comme illettrée.

L’illettrisme frappe ainsi plus de 29 000 adultes de 16 à 65 ans en Nouvelle-Calédonie, soit 18 % de la population. Ce taux d’illettrisme est très largement supérieur à celui que connaît la France métropolitaine (7 % pour les 18-65 ans). Il est néanmoins en-dessous de ceux qu’enregistrent la plupart des départements d’outre-mer, avec par exemple 23 % à La Réunion et 20 % en Guadeloupe.

La population des illettrés de Nouvelle-Calédonie se compose majoritairement :

?d’hommes : 56 %

?d’actifs en emploi : 48 %

?de résidents de la province Sud : 65 %

?de personnes âgées de 55 à 65 ans : 25 %
55 % des illettrés, soit 16 000 personnes, ont arrêté leur scolarité au niveau secondaire, les autres n’ayant fréquenté que l’école primaire. Les jeunes (16-24 ans) sont moins touchés par ce phénomène mais on en dénombre malgré tout 4 000 en situation d’illettrisme.

La lutte contre l’illettrisme en Nouvelle-Calédonie



L’illettrisme, grande cause nationale 2013, est un phénomène préoccupant générateur d’exclusion. La Nouvelle-Calédonie n’échappe pas à ce phénomène. Les pouvoirs publics en ont pleinement conscience et un comité de pilotage de lutte contre ce fléau a été mis en place en juillet 2009. Pour éclairer et optimiser les politiques de prévention et de lutte contre l’illettrisme, il a été jugé indispensable de déterminer les contours de ce phénomène polymorphe et de caractériser les publics les plus exposés.

Le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie a donc décidé de conduire localement une enquête de type “Information et Vie Quotidienne”. L’intérêt d’évaluer les compétences des adultes est multiple. Au-delà d’une mesure de l’illettrisme de la population concernée, il s’agit d’évaluer objectivement les compétences en matière de lecture, de calcul et de compréhension orale, utiles aux adultes dans la vie quotidienne et professionnelle.

L’objectif final étant de :

?chercher les déterminants des compétences à l’âge adulte.

?guider la politique de remédiation d

e l’illettrisme.

?évaluer l’influence des compétences sur la vie professionnelle et personnelle.
Fort du diagnostic issu de l’enquête “Information et Vie Quotidienne”, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie a décidé la mise en œuvre de mesures visant à diminuer l’ampleur et l’impact de ce problème sociétal et à faciliter l’insertion dans la vie active et plus généralement dans la vie quotidienne des personnes fragilisées et singulièrement des jeunes.

Ce plan s’articule autour de trois axes :

1. Préventif : engagement des établissements scolaires et des instituts de formation d’enseignants (parrainages, modules pédagogiques, animation étudiante en classe, mise en place de modules de pédagogie adaptés) ;
2. Correctif : actions particulières pour venir en aide aux “25-44 ans” (campagnes d’information via les entreprises, les organismes de formation et les services publics, actions pour stopper le décrochage scolaire et social sur la base de l’expérimentation du dispositif PASSERELLE, initiatives délocalisées en tribus) ;
3. Projectif : actions dans le domaine de l’accompagnement des parents (partenariat avec les parents, collèges de personnes ressources) ; actions dans le domaine de la culture (partenariat avec les acteurs culturels – Maison du livre, passeport culturel familial, le Rex et la culture urbaine).

Où en est la mise en œuvre de ce plan ?